Une réforme bâclée aux conséquences tragiques

*Cette lettre est tirée de l'édition du 24 mars 2014 du Nouvelliste (p.13)*

Une réforme bâclée aux conséquences tragiques

Pendant que les élections au Québec monopolisent l’attention médiatique, à Ottawa, les conservateurs s’attaquent résolument à notre système électoral.  Il s’agit de l’une des plus sérieuses dérives que s’apprêtent à imposer les conservateurs à notre démocratie.

Pour être crédible, non partisane et acceptable, il me semble évident que toute réforme électorale doive faire l’objet d’un large consensus de la part des élus,  des politologues et du DGE (Directeur général des élections). Or, c’est l’opposition contre la réforme qui fait consensus, et avec raison : le gouvernement n’a consulté personne et pour des raisons bassement  électoralistes, il tente de berner la population.

Pour vous permettre de vous faire une idée par vous-mêmes,  voici quelques mesures inquiétantes contenues dans le projet de loi conservateur :

  • On retire au DGE le pouvoir de faire de l’éducation citoyenne.  Comment peut-on espérer une augmentation de notre taux de participation dans ces circonstances ?
  • On enlève à Élections Canada la supervision du Commissaire des élections, responsable du pouvoir d’enquête. C’est un peu comme si on retirait à la GRC sa capacité d’enquêter sur des infractions au Code criminel, non ?
  • On exige du DGE qu’il demande la permission au Conseil du Trésor avant d’engager des experts.  Peut-on alors  toujours parler de l’indépendance de ce haut fonctionnaire qui porte l’image et le gage de l’impartialité de notre système électoral?
  • Le projet de loi mettra fin à l’authentification d’un électeur par un répondant.  Quelle clientèle veut-on priver de son droit de vote?
  • Le seuil maximal de dons personnels à un candidat passerait à 1500$ par année par personne.  Ai-je besoin de rappeler que le consensus au Québec sur  le financement des partis politiques va dans la direction totalement opposée?
  • Les cartes d’électeurs ne pourront plus être utilisées pour confirmer l’identité d’un électeur.  Combien de personnes seront-elles ainsi dépouillées de leur droit de vote?

 Le DGE, qui n’exclut pas de démissionner devant une telle attaque à notre démocratie, de même que les partis d’opposition, une centaine de professeurs de science politique et pratiquement tous les intervenants au dossier dénoncent les modifications proposées à la Loi tout autant que la procédure bâclée utilisée par les conservateurs.

La mobilisation s’organise pour faire échec aux volontés de Stephen Harper «  d’américaniser » notre système électoral et j’espère que vous joindrez votre voix à la mienne et à  celles de tous les opposants à ce projet de loi.

Robert Aubin

Député fédéral de Trois-Rivières